29 novembre 2007
Le SIAD
Depuis que je suis en stage en « Soins Infirmiers à Domicile pour personnes âgées », je réalise que d’autres vies coulent en parallèle à la mienne. Derrière chaque volet, une vie pousse, fleurit, fane et meurt. Des hommes et des femmes, avec tout un historique aussi différent les uns que les autres, viennent se mêler à ma vie, partagent leur histoire avec la mienne.
Je vois ma ville sous un autre jour, ces gens que je croise ne me sont plus inconnus, je les vois avec leur histoire, leur vécu, leurs joies, leur souffrance et souvent leur solitude.
Je sais maintenant que dans telle maison, un monsieur est en train de mourir, depuis plusieurs mois déjà.
Et puis dans celle-ci, une dame un peu démente est prisonnière de sa propre maison, l’aide-ménagère a même fermé la cuisine à clef.
Il y a aussi cette dame qui vit avec son fils alcoolique qui la maltraite.
Autant de situation que d’être humain. Et je réalise qu’il y a plus de tristesse et de solitude qu’on se l’imagine.
J’ai changé de voie parce que je voulais un métier « humain ». Je suis servie.
Il y a des situations qui me touchent. Je vois ces hommes et ces femmes qui pourraient être mes grands-parents voire mes arrières grands-parents et leurs difficultés me renvoient à ma propre existence. Pas ma vieillesse à moi non, mais plutôt celle de mes enfants. Je les imagine dans 80 ans, dépendants, et sans moi pour les aider, les soutenir et leur dire que je les aime.
Les minutes passent. Les heures, les jours, les années et un jour on se retrouve avec sa vie derrière soi, avec sa jeunesse et ses souvenirs encadrés au mur parce que la mémoire flanche et puis… - « tiens c’est qui déjà cette petite fille sur la photo ? c’est ma fille ou ma maman lorsqu’elle était jeune ? Oh… ma mémoire me joue des tours… »
Oublier les êtres qu’on a aimé le plus au monde. Une réalité qui me boulverse.
