04 janvier 2008
Correspondance virtuelle
Ce matin, j'ai reçu un mail qui m'a remise un peu en question.
Je vais vous faire partager cette correspondance afin de lancer un petit débat. (Enfin si il y a suffisemment de lecteur pour que le débat soit viable !)
Sujets : Comment trouver le juste milieu entre sa vie privé et son métier ?
Comment être sincèrement à l’écoute et disponible tout en se préservant ?
Mail reçu :
" Bonjour à toutes les 2 et à vous 5,
Je ne sais pas si tout cela ne va manquer de délicatesse mais après tout !
Voilà, je suis vos vies de blogueueses depuis presque un an maintenant. Heureuse de savoir Kip en formation dans une branche professionnelle qui demande beaucoup, et qui plus est lorsque vous avez trois petits à la maison... Infirmière depuis 4 ans maintenant et déjà -devrais-je dire-, je ne peux que te conseiller de mettre de la distance entre toi et tout ce monde qui aujourd'hui t'entoure. Tu es en train de faire une formation éprouvante, qui demande beaucoup d'investissement personnel et professionnel. Mais dans tous les cas il n'est pas souhaitable de se sentir investi d'une mission. Au risque de paraître fataliste, le monde est difficile mais je n'y changerais rien. j'y amènerais tout juste un peu de douceur.
Tout ça pour dire : protèges toi, ne livres pas tous ce que tu as donner à tes patients gardes-en pour tes petits et ta femme.
Même si l'hiver est froid et que des gens dorment dehors... Je ne te dis pas de te blinder et de devenir acariâtre juste de penser : demain sera un autre jour. prend des vacances et repose ta tête, en profitant de ce que t'a donner la vie.
C'est bien une infirmière qui te parle, et qui fais à ce moment présent un insomnie à cause de la journée qui l'attent demain ...
- S - "
Réponse :
" Chère - S -
Ton mail ne manque pas de délicatesse et ne me gêne pas du tout.
Je n'ai pas changé de métier pour sauver le monde ou me sentir investi d'une mission, que les choses soient claires (heureusement, hein, sinon, bonjour le boulot !!)
Comment suis-je arrivée là où j'en suis ?
J'étais infographiste pour des agences de publicité et depuis plusieurs années déjà je trouvais que ce métier était futile, superficiel et sans interêt. Je pouvais passer des heures à remanier logos et plaquettes pour des clients toujours insatisfaits et au final, quoi qu'il arrive, le dépliant imprimé sur un papier journal finirait à la corbeille.
Je voulais simplement un métier humain, pour le quel je me sente utile, avec le quel je pourrais partager des moments... humains.
La naissance des filles a été le déclic. Les filles sont arrivées plutôt dans la difficulté, ce qui m'a ammené à cotoyer les services mère-enfant. Là, j'ai eu la chance de rencontrer des équipes chaleureuses et disponibles qui m'ont beaucoup apporté (consciente également que ce n'est pas toujours le cas). Cet évènement a été le début de ma réflexion. Pourquoi pas moi ?
Le bénévolat à l'hôpital Necker, le bénévolat à la Croix Rouge ne sont pas des missions à mes yeux. Elle m'apporte beaucoup, elle contribue à ma reflexion sur mon futur métier et évidemment, elles me permettent de donner un peu de mon temps à des gens qui en ont besoin et ça, ça fait du bien à tout le monde : aux gens concernés et à moi même.
Et comme tu le dis si bien, apporter un peu de douceur dans ce monde de brute, c'est déjà beaucoup ! (Si tout le monde faisait pareil...)
Cette reflexion a duré presque un an.
En parallèle à tout ça (qui entre nous ne me prend que quelques heures par an), je profite de ma famille, j'essaie de passer du temps avec ma compagne et je regarde du mieux que je peux pousser mes enfants comme des champignons.
C'est vrai que la formation est prenante et très stressante, mais je la trouve riche et elle me plait beaucoup. Effectivement, avec les 3 enfants, j'espère tenir le coup.
La distance entre moi, ma vie et mon boulot ? Je crois que c'est le temps qui m'apprendrendra à trouver la distance adéquate. Je sais que pour le moment, je me donne trop mais j'en ai besoin, je m'investis, j'apprends des milliards de choses, j'apprendrai à me protéger avec le temps.
Merci pour ce mail qui me remet en question !
A bientôt peut-être
Kip "
Commentaires
A 3 on peut déja faire un bon débat non?!
Je comprends ce que S veut dire...et c'est bien de le dire.
Il y a un dicton qui dit: "un soignant HS est un soignant inutile"
Il faut savoir se protéger avant de protéger autrui, autrement dit, on revient au bon vieil adage: "charité bien ordonnée commence par soit même".
Tout ça pour dire la même chose en fait.
A l'école d'infirmière, j'ai voulu faire une option secourisme, afin de savoir quoi faire en situation d'urgence, et j'ai appris UNE chose primordiale dans notre métier et qui s'applique à moultes situations:
Par exemple,lorsqu'on est sur un accident de la route, la première chose à faire, contrairement à ce que l'on aurait tendance à faire, est de se protéger soit même d'un éventuel accident avant de se jeter sur les blessés. C'est sur que si on se fait renverser, tout le monde se retrouve dans la merde et ainsi de suite. Donc on doit prendre le temps de baliser le lieu dans son propre interet.
Comme je le disais, cela s'applique dans d'autres cas moins évidents, on ne peut pas aider quelqu'un si on est pas nous même bien dans ses baskets. on doit se protéger nous même avant de porter secours à quelqu'un en détresse, aussi bien physiquement que moralement.
Maintenant, je ne sais pas si tu es bien dans tes baskets kip...On a tous une bonne raison de choisir ce métier, pas toujours facile à comprendre, mais du moment que ça ne porte préjudice à personne et que, comme tu le dis ça fait du bien à tout le monde, où est le problème?
Perso, j'aime qu'on m'aime.Héritage sans doute de parents distants. Et pour qu'on m'aime, je n'ai rien trouvé de mieux que de me donner à fond pour aider les autres, et en plus je suis payée pour ça.(heureusement, car sinon, je le ferais gratuitement de toute façon!) je sais, ce n'est pas glorieux comme raison, mais finalement, tout le monde s'y retrouve.
T'es tu posée la question de pourquoi ça te fait du bien d'aider les autres?
Il n'y a pas de mauvaise raison à mon avis, juste un vécu perso.
voilà mon avis qui n'engage que moi, en gros faut pas se poser trop de question sinon on trouve toujours des trucs glauques sur le pourquoi du comment.
Bizzzzzzz
GG
Il est 1h du mat, et je ne fais pas d'insomnie, je suis juste en wouacances!
Désolée pour toi S si tu as des problèmes à ton travail...on a une profession formidable aussi car on peut changer de situations, ou de service assez facilement! Profites en si tu es mal là où tu es, ce n'est peut être pas ta place...
Salut GG,
Merci pour ton message.
Pourquoi j'ai choisi ce métier ? Pour plusieurs raisons :
1 / je voulais un métier humain et je voulais me sentir utile.
2 / J'ai véccu des choses douloureuses à la naissance de mes filles, et j'ai envie de donner aux autres ce qu'on m'a donné et inversement je veux faire mieux que ceux qui m'ont mal guidé et écouté.
La naissance de mes filles a été un déclic. J'ai envie de soutenir ceux qui sont dans la douleur, que ce soit le patient ou la famille.
J'ai fait des stages qui m'ont permis de me rendre compte qu'une simple parole suffit à soulager l'autre. Perso, je rentrais chez moi épanouis et satisfaite de ma journée.
Je ne pourrais en dire plus !
avec l'expérience...
Bonjour
J'aurais tendance à dire aussi que la distance vient avec le temps et l'expérience...
Il y aura aussi des jours où tu n'auras pas envie de t'investir trop, et où la distance sera forte, et d'autres sans doute où tu t'investira trop, où le besoin en face sera trop grand pour rester à distance...
Je ne suis pas dans un métier médical, donc ce n'est que de la théorie..
Mais on m'a offert un livre à Noël dans lequel on dit : "la plus grande de toutes les heures est de ne rien faire parce qu'on ne peut faire que peu."
Par Sydney SMITH.
Je pense que tu donneras ce que tu pourras,en fonction des jours, de ton état, de ton ressenti, des besoins, et ce sera déjà beaucoup !
Bises à tous les 5
oups
C'est pas heures dans la sitation, mais "erreurs"...
Est-ce que quelqu'un peut rectifier ???
ça me fait toujours bizarre de lire qu'il faut savoir rester distants...enfin c'est un métier où on touche les gens, on les soigne, on les sens, on les entends eux et leur famille, on les voit bref de quelle distance parle-t'on?
On ne peut pas se mettre à distance de la vie, la plupart du temps, on traverse les situations de la vie et il arrive parfois que certaines situations nous traversent...nous transpercent...il faut laisser passer le temps et les émotions, celles des autres et les siennes.
Simplement garder bien présents dans son coeur les gens qu'on aime, sa famille, ses enfants, ne pas se croire tout puissant et somme toutes continuer son chemin le plus sereinement possible.
Kip, voilà bien longtemps que je n'ai pas posé un orteil sur ton blog mais ce qui passe à travers tes écrits me semble être ta plus grande force et la plus belle preuve que tu feras une infirmière au poil!
je viens de te nominer sur mon blog.....avec molly
donc ton tour est venue de faire suivre.......
en tout cas c'est toujours avec un réel plaisir que je viens chez toi !!!
Ben si j'avais su que mon mail allait provoquer le débat, je l'aurais écrit plus tôt !
J'arrive à comprendre que l'on ne saches pas ce qu'est la distance, et qu'elle est telle? effectivement nous touchons, nous nous occupons de personnes dans leur plus grande intimité... Nues, dans la souffrance et donc fragile. Face à nous, qui, sommes habillés en pleine forme physique et morale. D'entrée de jeu la relation n'est pas équitable. Y a un rapport soignant-soigné. Et pourtant la distance physique est néante. Mais toujours au risque de choquer je vais prendre un exemple simple: Je ne vais pas m'occuper d'une personne à doucher de la même façon que d'une personne qui m'est intime dans ma vie personnelle. Et c'est la même chose lorsque que je discute avec un patient, mentalement, moralement, éthiquement et en résumé professionnellement je ne vais pas m'impliquer dans la relation de la même façon que si cette personne faisait partie de mon entourage. Et même si la différence n'est pas grande, elle existe. Et en prendre conscience est le début de la démarche professionnelle. En se positionnant, en soignant. Et pour cela connaître ses propres limites, ses propres mécanismes de défenses, savoir pourquoi et comment je réagit dans telle ou telle situation est primordiale. Et tout ça, ça se travaille ça s'apprend et ce n'est pas inné en chacun de nous. Le risque de ne pas le travailler est de tomber dans un Burn-out de la profession. Chose courante malheureusement dans notre milieu.
Il faut savoir que la formation existe, toujours penser se remettre en question. Et bien-sur je ne suis pas wonder woman, et j'ai des soirées d'insomnies parce que moi aussi j'apprends tous les jours un peu plus comment exercer ma profession. Mais des fois c'est plus difficile que d'autre.
Voilà, au plaisir de vous revoir !
-S-
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