Ground Zero

On efface tout et on recommence. Kip et sa reconversion professionnelle.

09 mai 2008

Je ne me reconnais pas lorsque j’ai ma tenue blanche immaculée.

Je vis des choses qui auraient pu me choquer dans un autre contexte mais là, j’ai comme une carapace épaisse liée à l’apprentissage, une vitre sans teint qui m’épargne des images violentes, un filtre qui atténue le rouge sang.

Je réalise l’étendue de la médecine et son pouvoir de réparer des corps comme un plombier soudant des tubes de cuivre. Le nez plus près que celui du chirurgien, j’observe et emmagasine ce savoir-faire époustouflant. Cette main de chef qui coud deux chairs comme une couturière de plus de 40 ans d’expérience, avec une aisance et une agilité qui laisserait cette fameuse couturière sans voix.

Ces trous béants par lesquels on voit toutes les couches du derme, la graisse et les chairs, qu'il faut asperger de Bétadine et éponger avec des compresses et, évidemment, le tout « en technique », sans « destériliser » le champs stérile ni mélanger le sale au propre pour avoir une note convenable lors d’une MSP*…

En toute honnêteté, j’étais loin d’imaginer que je resterais sur mes deux jambes en découvrant ce genre de plaie ou cicatrice longue comme mon bras.

Evidemment, je n’ai encore rien vu. Cette première semaine de stage en chirurgie viscérale n’est certainement rien comparée à ce qui m’attend dans d’autres services comme les urgences ou certains blocs opératoires comme l’orthopédie.

En fait, j’ai hâte d’y être !

infirmiere A part ceci, je crois que j’ai trouvé le sujet de mon TFE (Travail de Fin d’études). A priori, il porterait sur la relation soignant-soigné. Parce que jusqu’ici, je suis assez choquée du comportement des soignants envers les soignés et je ne veux pas être associée à ces soignants là. A moins que je sois naïve et que ce que je suis venue chercher n’existe pas ?

Le corps médical n’a pas l’air de voir l’être humain qui se cache derrière une rate malade ou une jambe cassée. Cette relation me fait penser à la relation que peux avoir un garagiste avec ses voitures en panne. Communication = zéro. On est d’accord hein, peu de garagistes parlent à leurs voitures ? Et plus elle est vieille et moins il la respecte ? non ? Si.

Bref.

Je n’ai pas encore ma problématique mais j’ai mon sujet. Et il me tient à cœur.

* MSP : Mise en Situation Professionnelle. Epreuve importante à valider pour passer en deuxième année.

Posté par molly_et_kip à 21:55 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'aime bien quand il y a des nouvelles !
C'est pas souvent, mais ça vaut la peine d'attendre.
Merci de nous faire partager ta "nouvelle vie" !

Posté par Zeb, 09 mai 2008 à 22:24

Merci pour ce nouveau billet!
Continue dans cette voie de la relation soignant/soigné pour devenir un de ces soignants que l'on n'oublie pas car il était là, attentif et réconfortant, au moment où l'on en avait le plus besoin. On est tellement fragile et déboussolé lorsqu'on est malade!

Posté par Aurore, 11 mai 2008 à 21:17

Super un message!!!
J'aime à te voir grandir sous cette blouse blanche!
Et oui, parfois on s'étonne même quelques années plus tard rassure toi!
Laisse toi aller à toutes tes émotions, prends les comme elles viennent et surtout n'oublie jamais de prendre ton pied.
Quant aux autres, on est tous différents et heureusement pour les patients que nous ne sommes pas tous parfaits car sinon ils s'ennuieraient et n'auraient rien à dire sur nous Hihihihi
Bises
Naco!

Posté par Naco!, 12 mai 2008 à 10:57

en théorie je suis d'accord; mais pour tenir le coup jour après jour je me demande si les soignants peuvent vraiment s'impliquer plus émotionnellement?

Posté par virginie, 02 juin 2008 à 10:50

Ca faisait longtemps que je n'étais pas venue chez toi ;o) Je suis contente de voir que tu es toujours enthousiasmée par ce que tu fais et qu'en plus tu réussis brillamment ! Mais comment fais-tu pour avoir le courage de bosser pendant la sieste des enfants, quand tu aurais enfin quelques minutes pour buller, dormir, échanger avec Molly... Bravo, mille fois bravo...
Je reviens sur ce que tu dis "Le corps médical n’a pas l’air de voir l’être humain qui se cache derrière une rate malade ou une jambe cassée". Je m'interroge, peut-être influencée part affreux docteur House :o( Ne faut-il savoir rester tout à fait neutre et prendre du recul pour réfléchir au "cas" que l'on a devant soi, diagnostiquer, soigner etc ? Et puis n'est-ce pas un réflexe vital, une manière de se protéger ; et puis il y a le chronomètre et l'habitude aussi, peut-être et hélas... Ne dis-tu pas toi-même "Je vis des choses qui auraient pu me choquer dans un autre contexte mais là, j’ai comme une carapace épaisse liée à l’apprentissage, une vitre sans teint qui m’épargne des images violentes, un filtre qui atténue le rouge sang."
Mais tout ça n'excuse pas des comportements froids voire méprisants, et il faut savoir accorder au moins un regard, un sourire, au patient... Bref, tu as bien raison de t'intéresser à ce sujet !
Que la force soit avec toi (et avec vous ;o)

Posté par maridul, 02 juin 2008 à 11:18

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